En de rares endroits des côtes de France, les Hermelles, petits vers marins, édifient de véritables récifs en agglomérant des grains de sable que les courants et la houle mettent à leur portée , pour construire des tubes accolés dans lesquels ils vivent. Ces récifs sont communément appelés "teignes" ou "crassiers".
Leur masse résulte d'une extraordinaire concentration de ces anélides qui atteint 15 000 individus par mètre carré, mais peut dépasser une densité 4 fois plus grande. En leur sein, le jeu des courants et l'orientation des tubes forment de nombreuses petites fentes et des cavités servant d'abris à toute une faune d'autres vers, de mollusques et de crustacés que l'on rencontre d'ordinaire dans des endroits rocheux.
Ainsi, les hermelles enrichissent les fonds marins en permettant aux animaux des rochers de vivre sur des fonds sableux. Elles enrichissent aussi les eaux côtières au moment de la reproduction en ajoutant leurs oeufs au plancton qui sert d'alimentation à de nombreux bivalves telles les coques, et à certains poissons , dont les sardines.
Primitivement, les hermelles se sont fixées ici sur les pierres des murs d'anciennes pêcheries à poisson dont une encore reste bien visible ; elles peuvent aussi s'installer sur des coquillages, huitres notamment, mais leur support de prédilection reste les tubes d'hermelles, vivantes ou mortes. Ainsi, alors qu'un ver ne construit pas de tube de plus d'une trentaine de centimètres de haut, la superposition des générations successives peut former des récifs dépassant 1,5 m de haut lorsque les courants et l'agitation de l'eau est favorable.